le chemin de fer peut mener loin…

Hier matin à la télé sur la chaîne “Voyage” était diffusé un reportage sur les trains à Taïwan. Ce pays est une île du côté de la Chine. J’aurai pu aller là-bas… Vous devez penser que je me livre encore une fois à une affabulation. Libre à vous !

-Taiwan

C’était en 2004. J’étais à la retraite depuis six mois. Un jour le téléphone sonne. Le gars se présente. C’est un responsable de SYSTRA qui est un groupe de conseil et d’ingénierie, leader mondial de la conception des infrastructures de transport. Cette boîte cherche des retraités du chemin de fer “encore frais” pour installer ou exploiter des nouvelles lignes dans le monde entier. A Taïwan une ligne à grande vitesse vient d’être construite. Il faut former des agents-circulation et des régulateurs pour exploiter la télécommande de cette nouvelle voie ferrée. Je ne sais pas qui leur a transmis mon cursus professionnel mais mon profil les intéresse. Il me demande si je suis disponible et éventuellement volontaire. Pour étayer sa proposition, il me précise que je garderai la jouissance de ma pension de retraité, que je toucherai un salaire conséquent, que j’aurai la jouissance d’un logement de fonction à Tapei la capitale  et que mon épouse pourrait me rejoindre et qu’elle toucherait une prise en charge financière supplémentaire. Si j’y vais seul, Foisette a droit à plusieurs voyages payés pour me rendre visite. Sur le moment tu te demandes si ce n’est pas une plaisanterie.

Avant de raccrocher, le gars me conseille de réfléchir. Il me prévient que l’emploi réservé durera un an et demi. Il ajoute qu’en général à l’issue d’une première mission à Systra, tu prolonges toujours l’expérience en acceptant d’autres affections. En gros il me fait comprendre que quand tu mets un pied dans cette entreprise juteuse, tu restes…

Foisette a entendu le coup de fil car j’avais branché le haut-parleur. Elle n’en revient pas non plus. Il ne nous a pas fallu longtemps pour prendre notre rythme de croisière autour de cette autre île qu’est la retraite. Nous avons attaqué nos entraînements de marche à pied et nos petits voyages en chemin de fer. Nous avons au moins dix ans devant nous pour profiter à fond de la liberté. Ce n’est pas pour se refoutre dans un pétrin ! Je me suis battu jusqu’au dernier jour pour que notre statut de cheminot soit sauvegardé, ce n’est pas pour renier mes principes au bout de six mois de jouissance. Je sais que lorsque le gars rappellera, je lui expliquerai tout ça car je veux qu’il sache que je ne suis pas de ceux qui piquent la place aux jeunes. Je sais pourtant que la place ne sera pas offerte à un jeune puisque ils veulent quelqu’un d’expérience. Je ne lui dirai pas que j’ai eu un sentiment de fierté de savoir qu’on avait pensé à moi. Quand il me dira que je refuse un pont d’or, je lui répondrai que l’argent ne m’a jamais attiré plus que ça  pourvu que j’en aie  assez pour faire bouillir la marmite. J’en connais qui tueraient père et mère, même beau-père et belle-mère pour du fric. J’en connais qui ne parlent que maison, appartement, prix du terrain, rénovation, emprunt, paie, décote, etc.  Ce sont souvent les mêmes qui deviennent les champions déchus de familles reconstituées.

Au début de la saison 2005, je re-gagne une course cycliste dans l’Ain. Françoise est présente. Après l’arrivée, je lui tends le bouquet et je lui dis : « Maintenant on va  partir  traverser la France à pied ! » Qu’est-ce qu’on a bien fait de rester en France !

Hier matin, en voyant des images de Taïwan j’ai repensé à cette épisode de notre vie. C’était il y a 12 ans déjà. Hier matin toujours,  j’ai fouiné  dans ma collection de timbres oblitérés. Je n’ai toujours pas de timbres de ce pays. Par contre mes albums sont rangés à côté de nos cahiers manuscrits de voyages. Nous les relisons souvent pour faire durer le plaisir. C’est mon père qui disait qu’à la retraite il n’aurait plus le temps de retourner au travail. Quand Mitterrand était passé en 1981, il avait avancé l’âge d’arrêter de travailler. Mon père n’osait pas partir. C’est moi qui l’avait poussé. Quand tu penses que maintenant on veut nous faire croire que c’était une connerie. On oblige les gens à cotiser plus longtemps et pendant ce temps les jeunes ne trouvent pas de boulot…

L’île de Taiwan (anciennement Formose) est un état indépendant appelé aussi République de Chine depuis 1949. Cependant, l’île est une «province de Chine» sur laquelle la République populaire de Chine n’a actuellement aucun pouvoir. Moi aussi je suis né en 49. Dire que je suis indépendant serait présomptueux. Par contre j’ai horreur du pouvoir…

La Taiwan High Speed Rail est entrée en service le 5 janvier 2007. Finalement, ils y sont arrivés même sans moi…

….

….

Une anecdote en appelle une autre. Je me souviens d’un africain qui était venu faire un stage au  poste de commandement de la région SNCF de Chambéry. C’était au titre de la coopération. Il était piloté par le chef du PC car dans son pays dont j’ai oublié le nom, il était promis à une carrière de dirigeant. Pendant la pause entre 12 et 14h, il venait faire un tour en cabine de régulation après le déjeuner. Il s’asseyait et s’intéressait à notre travail. Un jour il m’a confié qu’il cherchait des volontaires pour aller bosser dans son pays. En fait il avait pour mission, au cours de son stage de formation, de recruter des agents susceptibles de tenir des emplois à technicité bien spécifique. Il le faisait discrètement me semble-t-il sans en parler à notre hiérarchie. C’était une forme de débauchage en fait. Le lendemain, il me précisa qu’un logement de fonction était mis gracieusement à la disposition des recrues, une case m’avait-il précisé. Je me souviens très bien qu’il me dit : « Au début, pas besoin d’amener ta femme, il y a tout ce qu’il faut là-bas !… » Je vous assure qu’il était sérieux et que juste un petit brin de malice filtrait de son regard. Quelques années plus tard, j’appris que ce gars était devenu Ministre après avoir été directeur général de la compagnie de chemin de fer de son pays. Je suis à peu près sûr que c’était le Sénégal, maintenant ça me revient en écrivant.

Nous étions jeunes à l’époque. Ce devait être en 1975 ou 1976. A Dakar, j’aurais pu détecter des basketteurs grands par la taille et les envoyer sur le continent. Remarquez ils auraient peut-être fini comme Madiop à Aix-Maurienne, à cirer le banc… Je n’ai pas donné suite à la proposition de notre stagiaire africain pourtant il était revenu à la charge plusieurs fois. Je me souviens de lui maintenant comme si c’était hier. Je revois ses traits. Il prenait des coups de barre après manger et des fois il s’endormait et piquait une ronflette, assis dans le fauteuil à côté de moi, faisant fi du haut-parleur branché en permanence sur notre circuit téléphonique de régulation.

Avec Foisette, nous avons failli aller nous éclater au Sénégal. J’aurais eu un beau récit à écrire dans nos Cahiers de voyages …

….

….

C’est illusoire pour moi de se projeter dans un autre pays. Pour autant est-ce qu’on est bien en France ? Moi qui ne suit pas difficile, je répond que “oui”. Est-ce qu’on aurait été mieux à l’étranger ? Je n’en sais rien. Avec Françoise nous aurions pu partir et cela ne nous aurait pas fait peur car à deux nous nous sommes toujours sentis forts. Je connais deux anciens collègues qui sont partis. Deux gars dans nos âges. Nous, quelque chose nous disait sans doute que la vie allait décider que nous serions utiles  “chez nous” à aider un peu, autrefois et encore de nos jours… 

….

….

Publicités
Cet article a été publié dans train. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s